Chaos narratif et identités plurielles dans En attendant le vote des bêtes sauvages d’Ahmadou Kourouma
Publication Date : 29/11/2025
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Cet article analyse la dynamique de la notion de « désordre narratif » dans En attendant le vote des bêtes sauvages, roman de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, pour monter que la désorganisation apparente de ce texte est consécutive à la logique d’une poétique bien réfléchie : celle d’un « ordre du désordre ». Partant, loin d’être une simple pratique engendrant la rupture, ce chaos est appréhendé telle une stratégie d’écriture qui traduit la complexité du réel africain postcolonial et la fragmentation des identités. Ainsi, à partir des théories du chaos narratif (Ricardou, McHale) et les approches postcoloniales d’Homi Bhabha, Édouard Glissant et Achille Mbembé, ce travail montre l’articulation harmonieuse du désordre formel et la quête de sens collectif. La polyphonie, l’hybridation des genres, des discours, des langues, la circularité et l’oralité y sont perçues telles des formes d’une narration non linéaire, enracinées dans les logiques culturelles africaines. Ce faisant, l’auteur inscrit son œuvre dans une esthétique du chaos créateur, où l’instabilité du récit devient le vecteur d’une recomposition identitaire de l’Afrique postcoloniale.
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Abstract:
This article analyzes the dynamics of the notion of "narrative disorder" in Waiting for the Wild Beasts to Vote, a novel by the Ivorian writer Ahmadou Kourouma, to demonstrate that the apparent disorganization of this text stems from the logic of a carefully considered poetics: that of an "order of disorder." Therefore, far from being a mere practice generating rupture, this chaos is understood as a writing strategy that reflects the complexity of postcolonial African reality and the fragmentation of identities. Drawing on narrative chaos theories (Jean Ricardou, McHale) and the postcolonial approaches of Homi Bhabha, Édouard Glissant, and Achille Mbembe, this work demonstrates the harmonious interplay of formal disorder and the quest for collective meaning. Polyphony, the hybridization of genres, discourses, and languages, circularity, and orality are perceived as forms of nonlinear narration rooted in African cultural logics. In doing so, the author situates their work within an aesthetic of creative chaos, where the instability of the narrative becomes the vehicle for a recomposition of identity in postcolonial Africa.
